PFAS et osmoseur : les polluants ne disparaissent pas, ils changent de flux
Quand on apprend que son eau du robinet contient des PFAS — ces « polluants éternels » désormais largement présents dans l’environnement — le réflexe est immédiat : chercher une solution. Pour beaucoup, PFAS et osmoseur vont naturellement ensemble : l’osmose inverse est souvent présentée comme l’une des technologies les plus performantes pour purifier l’eau.
Elle peut effectivement retenir une part importante de nombreux PFAS. Mais un point essentiel est souvent oublié : un osmoseur ne détruit pas les PFAS. Il les sépare de l’eau produite et les concentre dans un autre flux.
Comment fonctionne réellement un osmoseur face aux PFAS ?
Le principe de l’osmose inverse est simple. Sous pression, l’eau traverse une membrane très peu perméable qui retient une grande partie des sels dissous et de nombreux contaminants.
L’eau ayant traversé la membrane, appelée perméat, contient alors beaucoup moins de substances dissoutes. Pour plusieurs familles de PFAS, les taux de rétention peuvent être élevés lorsque l’installation est correctement conçue et entretenue.
Mais les molécules retenues par la membrane ne disparaissent pas. Elles se retrouvent dans le second flux produit par l’appareil : le concentrat, également appelé eau de rejet.
L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) rappelle d’ailleurs qu’un système d’osmose inverse produit deux flux : une eau traitée destinée à la consommation et une eau contenant les substances séparées, généralement évacuée vers le réseau d’assainissement.
Selon la conception et le rendement de l’osmoseur, une quantité parfois importante d’eau est ainsi rejetée pour produire l’eau purifiée. Ce concentrat contient une proportion accrue des substances arrêtées par la membrane, dont les PFAS lorsqu’ils sont présents dans l’eau d’alimentation.
La pollution a donc été séparée de l’eau consommée, mais elle n’a pas été détruite.
Le paradoxe : protéger le verre sans supprimer le polluant
Pour l’utilisateur, le bénéfice est évident : l’eau destinée à la boisson peut contenir nettement moins de PFAS.
Le problème apparaît lorsqu’on regarde ce que devient l’eau de rejet. Dans une installation domestique, elle repart généralement vers les eaux usées. Les PFAS retenus rejoignent alors le réseau d’assainissement.
Or les stations d’épuration conventionnelles n’ont pas été conçues pour détruire efficacement ces molécules extrêmement persistantes. Selon les composés et les procédés utilisés, une partie peut donc se retrouver dans les eaux traitées ou dans les boues.
Le problème a ainsi quitté la cuisine, mais il n’a pas quitté le cycle de l’eau.
Tous les PFAS sont-ils aussi bien retenus ?
Non. Le terme PFAS désigne plusieurs milliers de substances dont les propriétés physico-chimiques peuvent être très différentes.
Les performances des membranes dépendent notamment de la taille des molécules, de leur charge électrique, de la qualité de la membrane, de la pression, de la composition de l’eau et des conditions d’exploitation.
Les PFAS à chaînes longues sont généralement mieux retenus que certaines molécules très petites et très mobiles. Le cas du TFA, l’acide trifluoroacétique, est particulièrement important : sa petite taille et sa forte mobilité rendent son élimination plus difficile avec plusieurs technologies classiques de traitement de l’eau.
Il est donc insuffisant d’affirmer qu’un équipement « élimine les PFAS » sans préciser quels PFAS, dans quelles conditions et avec quel taux de rétention.
Que faire avant d’installer un traitement ?
La première étape n’est pas d’acheter un osmoseur : c’est de connaître la qualité de l’eau à traiter.
Une analyse permet de déterminer quels PFAS sont présents et à quelles concentrations. Tous les réseaux et tous les captages ne présentent pas la même situation. Le choix d’une technologie doit donc être adapté à la contamination réelle.
Dans son rapport d’expertise sur les PFAS, l’ANSES retient principalement trois familles de procédés pour réduire les PFAS dans l’eau potable : l’adsorption sur charbon actif, les résines échangeuses d’ions et les procédés membranaires comme la nanofiltration et l’osmose inverse. L’agence souligne également que les performances doivent être évaluées en fonction de la composition réelle de l’eau et des PFAS présents.
Le charbon actif granulé
Le charbon actif granulé (CAG) adsorbe de nombreux composés organiques, dont certains PFAS. Il présente un avantage important : il ne produit pas en permanence un flux liquide concentré comparable au rejet d’un osmoseur.
En revanche, son efficacité dépend fortement de la nature des PFAS. Les composés à chaînes longues sont généralement mieux adsorbés que les molécules très courtes. Lorsque le charbon est saturé, il doit être remplacé ou régénéré dans une filière appropriée.
Les résines échangeuses d’ions
Des résines spécialement développées pour la capture des PFAS peuvent offrir une capacité et une sélectivité intéressantes. Elles sont notamment utilisées lorsque l’on souhaite concentrer les polluants dans un volume de matériau beaucoup plus faible que le volume d’eau initialement traité.
Là encore, la question essentielle reste celle du devenir du matériau chargé en PFAS.
L’osmose inverse
L’osmose inverse conserve une place importante lorsqu’une très forte qualité d’eau est recherchée. Elle permet de réduire simultanément de nombreux contaminants, pas seulement les PFAS.
Mais lorsqu’elle est utilisée contre ces polluants persistants, il faut considérer l’installation dans son ensemble : production d’eau purifiée, volume du concentrat et traitement final des PFAS.
Retenir un PFAS n’est pas le détruire
C’est probablement le point le plus important.
Charbon actif, résines et osmose inverse sont avant tout des procédés de séparation ou de concentration. Ils permettent de retirer les PFAS de l’eau que l’on souhaite utiliser, mais les molécules doivent ensuite être traitées dans une filière capable d’éviter leur retour dans l’environnement.
Le véritable objectif à long terme n’est donc pas seulement de déplacer les PFAS d’un flux vers un autre. Il est de parvenir à les concentrer puis à détruire leur structure chimique extrêmement résistante.
L’osmoseur reste utile, mais ce n’est qu’une partie de la réponse
Il serait donc excessif de conclure que l’osmose inverse est une mauvaise technologie. Elle peut être très efficace pour produire une eau faiblement contaminée et constitue une solution pertinente dans de nombreuses applications.
Mais face aux PFAS, le taux de rétention affiché par un appareil ne raconte qu’une partie de l’histoire.
La vraie question est :
que devient le polluant une fois qu’il a été retiré de l’eau que nous buvons ?
Une technologie de traitement réellement durable doit répondre aux deux problèmes : protéger l’utilisateur et empêcher que les PFAS concentrés retournent ensuite dans l’environnement.
Une nouvelle génération de procédés cherche précisément à franchir cette étape : capter les PFAS, y compris certaines molécules très difficiles à retenir, puis traiter le concentrat afin de détruire ces composés plutôt que de simplement les déplacer. Nous reviendrons prochainement sur ces technologies.
